Corriger la Carte de l'Afrique: Une Lutte pour la Reconnaissance Qui Redéfinit la Géographie Mondiale
- Next News
- 15 sept. 2025
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Dans une démarche historique, l'Union Africaine a adopté la campagne "Corriger la Carte", lancée par deux groupes de défense des droits africains, "Africa No Filter" et "Speak Up Africa". La campagne, qui utilise le hashtag du même nom sur la plateforme "X", vise à remplacer la carte historique de Mercator, datant du XVIe siècle, par la carte Equal Earth, qui reflète fidèlement la taille réelle du continent. Cette initiative est bien plus qu'une simple correction géographique; c'est une bataille culturelle et politique conçue pour défier l'héritage colonial et redonner à l'Afrique sa juste place dans la conscience mondiale.

Histoire contre Réalité: Une Distorsion Délibérée
La carte de Mercator, créée par le cartographe néerlandais Gerardus Mercator en 1569, est un outil de navigation qui exagère considérablement la taille des terres près des pôles, comme l'Europe et le Groenland, tout en réduisant les zones près de l'équateur, l'Afrique étant l'exemple le plus notable. Cette distorsion visuelle donne l'impression erronée que l'Afrique a une taille comparable à celle de l'Union européenne, alors qu'elle est en réalité plus de sept fois plus grande. Selon la vice-présidente de la Commission de l'Union Africaine, Salma Malika Haddadi, il ne s'agit pas d'une simple erreur technique, mais d'un outil symbolique qui renforce l'idée de la marginalisation de l'Afrique.
Un Éveil Africain et un Rejet de l'Hégémonie
Des experts comme Amani Al-Tawil, directrice du programme africain au Centre Al-Ahram pour les études politiques et stratégiques, estiment que la domination continue de la carte de Mercator était due à l'absence d'une voix africaine forte pour exiger un changement. Aujourd'hui, grâce aux efforts de la jeunesse et des organisations de la société civile, un nouveau mouvement africain émerge, qui rejette les classifications coloniales qui présentent le continent comme une entité marginalisée. Al-Tawil considère cette campagne comme faisant partie d'un mouvement plus large visant à démanteler tous les éléments de la marginalisation de l'Afrique et à réexaminer les problèmes d'un point de vue authentiquement africain.
De même, Ali Mahmoud Kulani, un expert somalien des affaires africaines, affirme que l'idée de changer les cartes fait partie d'un effort pour se débarrasser de l'héritage colonial qui n'a jamais vraiment quitté le continent malgré l'indépendance politique. Kulani note que la forme la plus dangereuse du colonialisme aujourd'hui est le "colonialisme intellectuel" qui renforce un sentiment d'infériorité. Cependant, il voit dans cette campagne le début d'un "nouvel éveil africain" et d'une conscience collective qui refuse d'être liée par la carte dessinée par le colonialisme, s'efforçant plutôt de redéfinir la place de l'Afrique dans le monde.
Défis et une Nouvelle Définition Mondiale
Malgré le soutien notable de l'Union Africaine, les experts estiment que la réalisation de ce changement prendra beaucoup de temps. Selon un rapport d'Afropolicy, les cartes ne sont pas que des images; ce sont des outils standardisés profondément ancrés dans les programmes éducatifs et les logiciels numériques. Les changer nécessite un effort logistique considérable, des décisions politiques et de larges alliances internationales. La campagne pourrait faire face à une résistance silencieuse de la part des puissances qui ont bénéficié de la distorsion visuelle.
Pour assurer le succès de la campagne, Afropolicy a recommandé trois mesures clés:
Adoption Officielle: Adopter officiellement la nouvelle carte au sein des institutions africaines.
Diplomatie Organisée: Lancer un programme diplomatique pour persuader les médias internationaux et les organisations politiques d'utiliser la nouvelle carte.
Plateforme Numérique: Créer une plateforme de cartes numériques africaine unifiée pour fournir une version standardisée de la nouvelle carte aux chercheurs, aux écoles et aux médias.
En substance, "Corriger la Carte" n'est pas simplement une question de dignité; c'est un acte politique profond qui défie les récits coloniaux et affirme le désir de l'Afrique d'être un acteur central dans l'élaboration de son propre avenir.









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