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Manifestations au Maroc : « La Santé d'Abord » ébranle les priorités du gouvernement Akhannouch

Le Maroc est secoué par une vague de manifestations populaires massives, les plus importantes depuis le mouvement de 2011. Ce soulèvement est largement mené par la « Génération Z » (GenZ 212) et exprime une indignation profonde face à la dégradation critique des services sociaux essentiels, en particulier la santé et l'éducation. Le slogan emblématique « Nous ne voulons pas de la Coupe du Monde... La Santé d'Abord » (مبغيناش كأس العالم.. الصحة أولاً) est devenu le symbole du rejet par la jeunesse de la politique du gouvernement actuel, dirigé par le Premier ministre Aziz Akhannouch. Ce dernier est accusé de privilégier des investissements colossaux dans les infrastructures sportives—en vue de l'organisation de la CAN 2025 et de la Coupe du Monde 2030—au détriment des besoins quotidiens des citoyens.


احتجاجات المغرب: "الصحة أولاً" تزلزل أولويات حكومة أخنوش

Les grandes villes comme Rabat, Casablanca, Fès et Agadir ont connu des rassemblements importants. Les manifestants exigent l'amélioration immédiate des hôpitaux, l'augmentation du personnel médical et éducatif, et la fourniture d'équipements adéquats. Pour les observateurs, ces protestations sont un cri d'alarme contre un « désordre des priorités » : des milliards de dirhams sont dépensés pour des stades et des hôtels, tandis que les services de base restent insuffisants, surtout dans les zones rurales et reculées, appelées localement « Le Maroc inutile » (المغرب غير النافع).


Témoignages de la Gen Z : Une Colère Sociale Palpable


Les témoignages des manifestants illustrent la gravité de la crise. Aia (20 ans) raconte la peur d'avoir recours aux hôpitaux publics en raison de leur délabrement, aggravée par le coût élevé des soins privés. Elle critique le gouvernement pour avoir alloué des millions à la construction de stades alors que les populations sinistrées par le séisme, comme à Al Haouz, continuent de souffrir du manque de services minimums. Mohammed (22 ans) a exigé la démission du Premier ministre Aziz Akhannouch, attribuant à ses politiques la responsabilité de la vague de protestation actuelle.

Concernant les actes de vandalisme observés, Ayman (25 ans) affirme que les manifestations ont commencé pacifiquement, mais que « les politiques répressives et l'indifférence des autorités » ont poussé certains à des émeutes. Il appelle le gouvernement à une réponse rapide et pacifique aux revendications légitimes. Inversement, l'activiste Najia Adib, présidente de l'association « M'toukch Ouledi », a mis en garde contre le chaos et la destruction de biens publics, insistant sur la nécessité d'aborder les revendications à travers une « table de dialogue ». Elle a souligné que tout responsable incapable de réformer son secteur « doit démissionner ».


Crise Sanitaire : De l'« Hôpital de la Mort » à la Fuite des Cerveaux


Le décès tragique de huit femmes lors de césariennes à l'Hôpital Hassan II d'Agadir a été l'étincelle qui a déclenché l'« explosion des protestations » contre l'état du système de santé. Les citoyens perçoivent ces drames comme une preuve du déclin des hôpitaux publics et d'une exploitation excessive du secteur privé, accusant l'État d'« abandonner » le secteur public au profit de la privatisation. Malgré l'annonce par le ministre de la Santé, Amine Tehraoui, du limogeage de responsables et de visites de terrain, la colère n'a pas faibli, s'étendant à d'autres villes comme Tétouan et Driouch.

La crise est aggravée par une « fuite des cerveaux » : plus de 10 000 médecins marocains travaillent à l'étranger, principalement en Europe, contre seulement 23 000 au Maroc. Le pays aurait besoin de plus de 32 000 médecins supplémentaires pour respecter les normes de l'OMS. Cette émigration massive de personnel médical constitue un défi majeur, reconnu tant par le Ministre de la Santé que par le Premier ministre.


La Crise Parallèle de l'Éducation


Le secteur de l'éducation connaît une crise similaire : surpeuplement des classes, pénurie de personnel enseignant (38 élèves par enseignant en moyenne), infrastructures fragiles. Un rapport de l'UNESCO a souligné que les faibles salaires et les conditions de retraite difficiles sont les principales raisons qui poussent les enseignants à quitter la profession. Malgré un budget conséquent, la crise a dégénéré en près de trois mois de grèves, les enseignants rejetant le « Nouveau Statut de Base » du ministère, visant pourtant à résoudre des dossiers en suspens.


La Réponse du Gouvernement : « Nous vous avons compris »


Après plusieurs jours de silence, la majorité gouvernementale a exprimé sa volonté de « répondre de manière positive et responsable » aux revendications des « expressions de la jeunesse ». Un communiqué a affirmé sa « bonne écoute et sa compréhension » des demandes sociales, promettant « le dialogue et la discussion au sein des institutions publiques » pour trouver des solutions réalistes. Bien qu'elle ait reconnu les « accumulations et problèmes » du système de santé depuis des décennies, cette déclaration a suscité de vives critiques, les blogueurs exigeant la démission du gouvernement, accusé d'échec et d'être responsable de la dégradation des services de base et de la hausse du coût de la vie.


Le Coût de la Coupe du Monde : Un Débat sur les Priorités


Le débat fait rage sur le coût de l'organisation de la Coupe du Monde 2030 et de la CAN 2025. Les coûts de construction des stades et des infrastructures sportives, financés par le gouvernement et les banques, sont estimés à environ 4,2 milliards de dollars américains, avec d'énormes investissements supplémentaires prévus pour le transport et l'hébergement touristique. Alors que les partisans estiment que la compétition pourrait générer des recettes économiques allant jusqu'à 10 milliards de dollars, les opposants mettent en garde contre le coût faramineux qui alourdirait le budget de l'État et la dette publique, à un moment où des secteurs vitaux comme la santé et l'éducation souffrent d'un manque criant de ressources.


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