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Le Venezuela et le retour de l'ordre coercitif

فنزويلا وعودة النظام القسري

Par Muhammad Asif Noor


Les premiers jours de 2026 ont infligé au système international l'un des chocs les plus importants de ces dernières décennies. Aux premières heures du 3 janvier, les forces américaines ont mené une opération militaire transfrontalière en plein cœur de Caracas, capturant le président vénézuélien Nicolás Maduro et son épouse et les remettant aux autorités américaines quelques heures plus tard. À midi, Washington a déclaré l'opération réussie, la présentant comme une frappe décisive contre le narcoterrorisme et la corruption au pouvoir.


Pour une grande partie du monde, la portée de cet événement dépassait largement ses objectifs déclarés. La prise de contrôle militaire d'un chef d'État en exercice, sans autorisation des Nations Unies et en l'absence de toute attaque armée contre les États-Unis, constitue une grave rupture avec l'ordre international d'après-guerre. Elle remet en cause l'idée que la souveraineté, aussi contestée soit-elle, demeure protégée par le droit et non soumise à la force.


Cet épisode n'est pas survenu soudainement. Il a été précédé de mois d'escalade manifeste. À partir de la mi-2025, Washington a supervisé le plus important déploiement militaire dans les Caraïbes depuis des décennies. Des groupes aéronavals, des avions de chasse de pointe, des sous-marins, des drones et des unités des forces spéciales ont été progressivement déployés autour du Venezuela. Ce qui était présenté publiquement comme de la dissuasion ressemblait de plus en plus à des préparatifs. Au moment du lancement de l'opération, la supériorité aérienne et maritime était déjà acquise.


Le raid s'est déroulé avec une rapidité fulgurante. Des frappes aériennes ont touché des installations militaires, des ports et des aéroports à Caracas et dans ses environs. Des forces spéciales ont été infiltrées de nuit, neutralisant la sécurité présidentielle et atteignant leurs cibles en quelques heures. Sur le plan tactique, l'opération a démontré une planification et une coordination efficaces. Sur le plan politique et juridique, elle a révélé un relâchement flagrant des mesures de retenue.


Le droit international est au cœur de la controverse.


Cette préoccupation a été clairement exprimée par le Secrétaire général des Nations Unies, qui a averti que l'opération constituait un dangereux précédent. Sa déclaration reflétait une inquiétude plus générale parmi de nombreux États quant à l'affaiblissement du droit international par la pratique plutôt que par des contestations formelles. Lorsque des pays puissants agissent en dehors des cadres convenus et justifient le recours à la force par une interprétation unilatérale, la crédibilité des règles collectives s'en trouve compromise.


La logique stratégique de cette opération mérite également un examen approfondi. Le Venezuela possède les plus importantes réserves prouvées de pétrole au monde, dépassant les 300 milliards de barils. Au lendemain du raid, de hauts responsables américains ont ouvertement évoqué l'arrivée de compagnies énergétiques américaines au Venezuela et la restructuration de son secteur pétrolier. Le contrôle des ressources énergétiques est depuis longtemps indissociable de la puissance mondiale. Dans ce cas précis, les considérations énergétiques s'inscrivent dans un contexte de compétition stratégique plus large, notamment les efforts visant à réduire l'influence de partenaires extérieurs tels que la Chine et la Russie en Amérique latine.


Les facteurs de politique intérieure ne sauraient être ignorés. À l'approche des élections de mi-mandat de 2026 et face à la montée des pressions économiques au niveau national, une action extérieure décisive offrait une image de force et de contrôle. L'histoire montre que les opérations extérieures ont souvent servi à mobiliser le soutien populaire en période de tensions politiques. Toutefois, lorsque de tels calculs sont liés à l'usage de la force, ils risquent de mêler la stabilité internationale aux cycles politiques internes.


En Amérique latine, les réactions ont été marquées par la mémoire historique. Les interventions extérieures ont maintes fois laissé des cicatrices profondes dans la région. Au Brésil, au Mexique, en Colombie et ailleurs, les gouvernements ont averti que l'opération au Venezuela s'apparentait davantage à une résurgence des pratiques coercitives hémisphériques qu'à une véritable coopération. Rapidement, des craintes ont émergé quant aux flux de réfugiés, à l'instabilité prolongée et au risque de résistance armée en cas d'exacerbation des divisions internes.


Le Venezuela lui-même fait désormais face à un avenir incertain. L'autorité politique est contestée. Les tensions sociales s'intensifient. Les influences extérieures pèsent lourdement sur la situation intérieure. Le risque d'une instabilité prolongée, de crises humanitaires et de perturbations économiques demeure réel. Cependant, la portée du 3 janvier dépasse largement le cadre vénézuélien.


Cet épisode met à rude épreuve l'ordre international. Il soulève des questions fondamentales quant à savoir si la gouvernance mondiale demeure ancrée dans le droit ou si elle dérive vers un système où le pouvoir définit de plus en plus la légalité. Le débat qui s'est déroulé aux Nations Unies, malgré ses divisions et ses limites, a souligné la gravité de la situation.


L'histoire montre que les ordres imposés par la seule force sont instables. Lorsque les règles sont contournées par opportunisme, elles finissent par perdre leur force contraignante. Ce qui s'est passé au Venezuela n'est donc pas seulement une crise régionale ou une confrontation bilatérale. C'est un signal d'alarme dans le domaine des relations internationales.


L'auteur est le fondateur du Forum des Amis de l'Initiative pour la Ceinture et la Route.


Photo courtoisie de Reuters


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