Pourquoi la Chine… Pourquoi maintenant ?
- Fady Philip

- 14 sept. 2025
- 3 min de lecture
La scène internationale n’est plus ce qu’elle était il y a dix ou vingt ans. La puissance que le monde considérait autrefois comme le « garant » de la sécurité arabe n’est plus aussi engagée ni aussi sérieuse. La récente attaque israélienne contre le Qatar, survenue à seulement quelques kilomètres de la plus grande base militaire américaine de la région, a constitué un choc pour de nombreuses capitales arabes. Le message était clair : la présence américaine ne signifie pas nécessairement protection.

Les États-Unis, qui pendant des décennies ont brandi le slogan des « alliances stratégiques », connaissent aujourd’hui un repli politique et un désordre interne. Le président actuel, Donald Trump, est revenu à la Maison-Blanche avec un programme encore plus dur que celui de son premier mandat, soutenu par le mouvement MAGA, qui représente le courant nationaliste de droite le plus puissant de l’histoire américaine moderne. Ce retour n’a pas rassuré les alliés ; au contraire, il a confirmé que Washington considère désormais le monde uniquement à travers le prisme de ses intérêts étroits, même au détriment de ses engagements historiques.
Les politiques actuelles de Trump montrent clairement que les États-Unis ne sont plus le partenaire sur lequel on peut compter à long terme. Il ne cache pas ses penchants isolationnistes, ni sa disposition à abandonner ses alliés si leurs intérêts ne coïncident pas avec sa vision. Avec la montée de la droite et les divisions internes grandissantes, Washington paraît moins disposée à assumer le fardeau du leadership mondial qu’elle portait depuis des décennies.
À l’inverse, la Chine se présente comme une alternative montante, non pas par la force militaire ou l’imposition d’une tutelle, mais à travers un modèle totalement différent : « la voie de la modernisation à la chinoise ». L’essence de ce modèle repose sur la coopération sans ingérence, sur l’investissement, les infrastructures et les partenariats économiques exempts de conditions politiques et d’injonctions.
Aujourd’hui, la Chine est le premier partenaire commercial de la plupart des pays arabes et propose, à travers l’Initiative « la Ceinture et la Route », une opportunité stratégique de transformer la région en carrefour du nouveau réseau commercial mondial. Des ports aux chemins de fer, de l’énergie à la technologie, Pékin incarne un partenaire en quête de bénéfices mutuels plutôt que de domination.
La question « Pourquoi la Chine ? » n’a plus besoin de longues justifications. La Chine est la deuxième économie mondiale, avancée dans l’intelligence artificielle, l’énergie propre et les communications, et elle a la capacité d’offrir des alternatives pratiques permettant de réduire la dépendance excessive vis-à-vis de l’Occident.
Mais la question la plus urgente est : « Et pourquoi maintenant ? »
La réponse réside dans le moment critique que vit l’ordre international actuel. L’Amérique recule politiquement et moralement, s’enfonce davantage dans ses conflits internes et se referme sur elle-même sous la direction d’un courant nationaliste radical. L’Europe est absorbée par ses crises, Israël devient de plus en plus agressif, tandis que la Chine cherche activement à établir des partenariats stratégiques au Moyen-Orient. Le moment présent représente une fenêtre rare pour les Arabes afin de créer un nouvel équilibre, basé sur une relation avec une puissance mondiale qui ne cherche pas à imposer une agenda interne, mais à élargir les intérêts communs.
Aujourd’hui, les Arabes sont face à un choix historique : rester prisonniers d’une alliance dont les fondements se sont fragilisés, ou s’ouvrir à une puissance montante qui propose un modèle différent. La question n’est plus : « Faut-il se tourner vers la Chine ? », mais plutôt : « Quand, et à quelle vitesse ? » La réponse ne souffre aucun retard : maintenant.









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